Ça y est! Grâce à Mami qui m’a donné les heures d’ouverture du palais impérial, j’ai enfin pu faire coucou au représentant symbolique du peuple japonais le deux janvier. Et effectivement les portes se ferment à 14h20… du coup en arrivant après quinze heures le vingt-trois décembre, je n’avais pas trop de chance de le voir! Ce jour, il va venir saluer la foule cinq fois.
Je me mets en route avec une petite marge pour voir sa dernière apparition. La ligne de métro est directe entre les stations Tsurumi et Tokyo. Pour une fois, il y a une panne et ma rame s’arrête à deux stations de mon arrivée. C’est pas trop loin, donc je continue à pied, en courant car pour le coup ça devient juste. J’arrive devant les contrôles dix bonnes minutes en avance.
Le complexe du palais impérial, ou kôkyo (résidence de l’empereur), est composé de trois parties séparées par des douves. Elles datent du palais Edo, ancien château shogun. La plus grande partie occupe toute la partie ouest, avec le palais lui-même – ou kyûden (palais impérial) – avec l’agence de la maison impériale à côté (où est géré tout ce qui concerne la famille impériale : santé, service, déplacements…), le parc du palais impérial (fukiage), et au nord le jardin Kitanomaru, qui abrite le musée des sciences et le musée national d’art moderne. La deuxième partie est le jardin est, ou higashi gyoen. La partie du palais et de son parc est fermée au public, sauf le 2 janvier (pour les vœux de l’empereur) et le 23 décembre (pour l’anniversaire de l’empereur actuel). Les visites sont possibles, sur demande par téléphone.
On arrive par la troisième partie, le jardin extérieur de kokyo (le kôkyogaien), partie sud-est du site qui sert d’avant-cour. C’est bondé de policiers. Il y en a d’abord pour réguler le flux des arrivants, et calmer les pressés en leur demandant de continuer en marchant. Ensuite, il y a les tentes des différents contrôles. Le premier pour demander de jeter les bouteilles. Le deuxième pour fouiller les sacs. Et enfin le dernier pour détecter les métaux et nous palper. À ce moment, le policier a bloqué en toucher un gros bazar cylindrique dans ma poche gauche. Ce n’était pas une arme de destruction massive, mais juste mon téléobjectif 50-200mm qui ne rentrait pas dans ma sacoche (contenant déjà mon 18-55 et le tout nouveau fisheye).
On peut ensuite continuer sa route et passer un beau pont à deux arches qui amène à la porte marquant le domaine du palais (porte sei). On continue un long chemin en boucle pour retrouver un nouveau pont, le nijubashi, parallèle au premier mais plus en hauteur, qui donne sur une nouvelle porte. L’architecture est soignée.


Le palais impérial s’offre alors à nous. Devant un balcon fermé par une vitre blindée, vient après quelques minutes l’empereur Akihito accompagné de sa femme, l’impératrice Michiko, le prince héritier Naruhito de Hiro (son fils aîné), le prince impérial Fumihito d’Aya (son second fils) et de leurs femmes.

Parenthèse politique. L’empereur n’est désormais plus que le symbole du peuple. Le système politique est passé de la monarchie absolue à une pseudo monarchie constitutionnelle (parfois même classée démocratie parlementaire) avec un parlement bicaméral (la diète), après la défaite de la seconde guerre mondiale. Le maitre du trône de chrysanthème a en même temps du renoncer à son caractère de droit divin, lors de la constitution de 1946, sous l’occupation américaine. Le pouvoir législatif, la diète, se compose de la chambre des représentants (l’équivalent de notre parlement) et de la chambre des conseillés (un peu notre sénat), avec un suffrage universel direct pour les deux. En pratique, la majorité de la chambre des représentants nomme le premier ministre, qui est ensuite accrédité par l’empereur. Le premier ministre forme le cabinet (avec une majorité de ministres devant venir de la diète), détenteur du pouvoir exécutif. Le diète peut adopter une motion de censure, et le premier ministre peut dissoudre la chambre des représentants. Il n’y a donc pas un chef d’État élu par le peuple, comme en France, qui installe le pouvoir exécutif, séparé d’un pouvoir législatif par deux autres élections. Le parti démocrate du Japon a gagné les dernières élections, après plus de 50 ans de suprématie (presque continue) du parti libéral démocrate (plus conservateur), suite à une succession de démissions lors de la crise économique.
Parenthèse impériale. L’empereur actuel (qui sera appelé empereur Heisei, ou Heisei Tennô, nom de règne donnée de façon posthume) est le premier à avoir été élevé par ses parents (dont feu le très aimé empereur Hirohito, nommé désormais Shôwa Tennô)
Les fils de l’empereur ont reçu leurs prénoms et noms de complaisance à leur septième jour, selon la tradition. Ils sont donnés en référence à un passage d’un classique chinois (Confucius pour eux deux). Hiro signifie grand, et Naru moralité, pour reprendre le passage : « Appelle-le ciel, tellement il est vaste ! Qui peut comprendre cela, si ce n’est celui qui est rapide en appréhension, clair dans son discernement, d’une intelligence largement hors de portée et d’une connaissance universelle, possédant toute la vertu céleste ? ». Aya signifie bienséance et Fumi littérature, pour reprendre : « L’homme bon étudie les lettres intensément et observe les rites, sans quoi il s’égare ».
Le prince Naruhito est le premier héritier présomptif du trône à avoir un diplôme universitaire, en l’occurrence une maîtrise d’histoire. Il aura aussi ensuite un Doctorat honoris causa en droit lui est décerné en décembre 1991 par l’université d’Oxford.
Le prince Fumihito a lui préféré l’ornithologie, avec notamment une thèse sur : « Phylogénie moléculaire de la volaille de jungle, le genre Gallus et l’origine monophylétique des volailles domestiques ». (Voilà pour faire court sur leurs parcours. Attention, source de wikipedia…)
Retour aux vœux! Après un court discours – souhaitant la bonne année, ainsi que le bonheur et la paix dans le monde, et promouvant l’entre-aide pour faire face aux problèmes économiques des citoyens (selon la presse française) – la foule crie « banzai », longue vie, en agitant son drapeau japonais. Les petits y vont de bon cœur. C’est toujours impressionnant une foule qui s’enflamme, surtout quand elle était calme dix secondes auparavant. Il y aura plus de 47 000 personnes à se présenter devant lui ce jour.
En quittant la place, après le départ de l’empereur, la foule reste calme, gentiment orientée par les policiers. Ces derniers ferment la marche et leur nombre apparaît alors encore plus impressionnant. Pour autant, aucun ne joue les cowboy. Et quand quelqu’un souhaite poser pour une photo à leur côté, ils demandent calmement de se remettre en marche. Ils sont minces, propres sur eux et prévenant. Pour autant, il n’y a aucun débordement ni de mauvaise humeur affichée. Comme quoi, faire les gros bras n’est pas nécessaire pour imposer le respect.


A la sortie, des personnes récupèrent les drapeaux afin qu’ils ne finissent pas par terre. Je prends le chemin qui longe le parc du palais impérial (sans vraiment le voir), jusqu’au jardin Kitanomaru. Mais celui-ci, ainsi que le jardin est, sont fermés pour l’occasion.
Je continue tranquillement le long de ce dernier avant de m’installer sur une terrasse où de beaux jets d’eau décorent une chouette petite place.

Il se fait tard et je finis de remplir ma seconde carte mémoire de mon appareil photo, que j’ai bien fait d’acheter deux jours auparavant.
Encore une journée de marche, où j’ai pu découvrir un peu plus la charmante culture japonaise.


Commentaires récents